Mon esprit tourmenté fait que mes doigts, égarés sur ce clavier, ne savent plus sur quelle touche se jeter. Il y a un petit moment déjà que je n'ai rien écrit ici. Non pas que je déserte ce blog, comme j'ai pu le faire avec les autres (non, celui là, il me plait bien), mais j'ai la tête vide, ou alors trop pleine. Les mots ne viennent pas, ils ne viennent plus à vrai dire. Quand on me parle je ne réponds qu'à moitié, je n'écoute plus ce qu'on me dit, je ne fais qu'entendre. On dit souvent qu'il y a des jours comme ça, mais dans mon cas ça commence à faire des semaines, alors il faudrait réinventer une expression... : "c'est rien, tu verras, ça passera. Il y a des semaines comme ça....". Alors j'attends, sans pour autant y mettre le moindre effort. Les gens me soûlent. Chaque petit atome de son qui sort de leur bouche me répugne, j'ai juste envie de leur dire de se taire, à tous, de me laisser... mon "insolitude me pèse". Autrefois je me retrouvais souvent seule, dans ma chambre, un thé, des écouteurs dans les oreilles, avec pour toute compagnie mon seul esprit pour méditer. Aujourd'hui ces moments se font trop rares, une famille omniprésente et des amis en demande d'attention, ils n'existent presque plus. D'ailleurs, au moment même ou j'écrit cet article, je suis au téléphone... impolitesse, me direz-vous, mais non, puisque j'ai l'impression que tout ce qu'on me dit, je l'ai déjà entendu, que ce n'est que du réchauffé. Sans doute l'histoire se répète-t-elle, ou alors suis-je entrée dans une routine infernale, de laquelle je ne pourrais plus me sortir ? L'horreur. Mieux vaut ne rien imaginer. Sauf que parfois, j'envie les gens solitaires, je me dit qu'ils peuvent agir comme bon leur semble, puisque de toute façon personne n'attend rien d'eux. Moi j'ai peur de décevoir tout le monde, et chacun de mes faits deviendrai presque calculé. On m'en demande trop. J'aimerai être partout et nulle part à la fois... je me sens comme partagée entre deux mondes, sans pour autant vraiment savoir dire lesquels.
O_o
Première cigarette. Elle est assise dans la cuisine, son café noir à la main. Elle baille encore tout en regardant l'horloge et pense frénétiquement à ce qu'elle devra faire dans la journée. Elle pose la tasse et passe une main fatiguée sur son visage endormi. Elle relâche les volutes de fumées qui engourdissent encore plus son cerveau. Happy Mondays.
Deuxième cigarette. Il est 10h, elle est en retard. La voiture n'avance pas, la rue entière est bouchée. Elle tapote nerveusement le volant de sa main droite, sa main gauche faisant des allées et venues entre sa bouche et la fenêtre entrouverte afin de ne pas laisser tomber de cendre sur la moquette neuve de la voiture offerte par Papa.
Troisième cigarette. Il sourit en lui tendant le gobelet. La cafete est pleine, elle n'entend pas ce qu'il lui dit. Le café est brûlant, elle souffle dessus et amène langoureusement la cigarette à ses lèvres. Comprendra-t-il le message qu'elle veut lui faire passer?
Quatrième cigarette. Cinquième étage du bâtiment G. Interdit de fumer. L'appel de la nicotine est bien trop important. On tire rapidement sur la cigarette, pas le temps de l'apprécier. Le cours de civi recommence. On arrivera en retard, smoking first.
Cinquième cigarette. Allongée sur l'herbe, ils parlent encore et toujours. Elle écoute distraitement. Il s'adresse à elle. Ça te dirai de sécher? Elle hausse les épaules et sourit. Pourquoi pas. La Bohème.
Sixième Cigarette. Elle marche dans la rue, elle vient de garé sa voiture. Ils se bousculent autour d'elle, les semelles de leurs converses grincent sur le trottoir tout en se dirigeant vers leur QG. Il lui prend la main et tire sur sa cigarette. Elle sourit tout en le repoussant. On ne partage pas la sixième cigarette. Il souffle sur sa mèche, elle mate son cul.
Septième Cigarette. La tête contre la banquette, les conversations se mêlent et se ressemblent. Il lui susurre à l'oreille des mots doux qu'elle fait semblant de croire. L'ego d'un homme n'est pas un mythe. Le côté manipulateur d'une femme non plus. Elle sourit devant son plat, et voit le regard désespéré de sa meilleure amie anorexique qui a demandé une salade.
Huitième Cigarette. Elle s'accoude à la table et savoure la cigarette, tout en sirotant le troisième café, celui qui ne fait plus d'effet mais qui accompagne incroyablement bien la cigarette après-repas. Sa meilleure amie la regarde furtivement, la suppliant de finir vite pour aller au toilette afin de recracher le morceau de pain et les trois feuilles de salade qu'elle a osé manger.
Neuvième Cigarette. Ils les ont laissé tout les deux, il a demandé l'addition. Elle ne comprend pas ce qu'il lui dit, il ne la laisse pas parler. Elle le regard à travers la fumée. Il est flou presque effacé. Elle sourit, il lui prend la main. Le téléphone sonne. Sauvez par le gong.
Dixième Cigarette. Elle est devant le café au téléphone pendant qu' il paye l'addition. Elle parle à voix basse entre deux tirages de clopes. Elle lui taille une mauvaise réputation et crache quelques paroles futiles et superficiels. Il arrive, Elle raccroche.
Onzième Cigarette. Ils sont assis sur les marches d'une église, une bouteille de vieille piquette à la main qu'ils font tournés. Elle boit au goulot et il la regarde. Il s'approche dangereusement elle lui souffle la fumée dans la gueule. Elle se lève, il l'attrape par les hanches, il la dégoute. La Onzième cigarette s'éteindra précipitamment sur la main du jeune homme. Sans faire exprès, bien évidemment.
Douzième Cigarette. Elle l'a laissé à sa douleur. Ses pas claque sur les pavés irréguliers du Vieux Paris. Elle est ivre et seule. La nuit vient de tombé et il fait froid. Elle souffle sur ses mains et tremble sur place. Où a-t-elle laissé sa voiture déjà?
Treizième Cigarette. Elle est assise sur les marche du metro, des gens montent et descendent autour d'elle. Elle a sorti son Ipod, le volume au maximum la voix des Shangri-Las résonnent dans sa tête, qu'elle balance allégrement. La clop au bec elle claque des doigts et tape du pied. Out in the Streets.
Quatorzième Cigarette. Elle sort du metro. Il est tard. Elle marche et cours dans la rue et se cache dans la cour de son immeuble. La lumière de l'appartement de la gardienne s'allume. Elle jette les cendres dans les plantes. Et tape le code à la va-vite, mécaniquement.
Quinzième Cigarette. Elle est dans sa chambre. Elle vient de s'engeuler avec son père. Elle a oublié où était la voiture. Elle devra la chercher demain. La fenêtre est ouverte, le cendrier remplie de cendre froide accueille de nouveaux arrivant. Elle se couche péniblement sur son lit, sa tête tourne. Elle a mal au c½ur. La Quinzième et dernière cigarette s'éteindra sur le parquet, lâché malencontreusement par la main endormie de sa propriétaire.